Acte V : Les correspondances

Élection présidentielle 2017 : Le printemps qui vient

Le printemps qui vient est le crépitement d’un coup de colère jusque-là silencieux, juste et souverain où « le bruit » traduit « la fureur » et «le tumulte » prépare « le fracas ». Comme un vent tiède qui souffle sur la braise du désespoir et attise la révolte des personnes aux têtes dures, lassées par les mensonges et les trahisons envers la devise républicaine : « Liberté, Égalité, Fraternité ».

En ce lundi matin, 24 avril, le soleil rayonne dans le ciel bleu de Dijon et le calme y règne comme un lendemain de tristesse. Je perçois malgré tout l’espoir d’un matin neuf qui s’annonce, comme une rosée se promène le long d’une rose en esquivant ses épines. Soudain, la réalité me rattrape au pied de l’arc de triomphe local où est inscrit en vert : « Macron, tête de con ». J’ignore les motivations de cette insulte que je désapprouve mais, voici que me vient en mémoire une allocution d’une voix lointaine et pesante à la fois : « Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas, celui de notre temps, de notre époque, c’est l’heure des caractères et cette salle est remplie de mauvaises têtes ». Ainsi commence mon réquisitoire de cette élection présidentielle.

Acte 1 : Le bruit

Les chuchotements incompris de la société expriment des malaises à partir desquels les femmes et les hommes politiques construisent l’emblème de leur politique et l’idéologie de leur mensonge. En aucun temps, pour ceux qui nous ont gouvernés, l’intérêt général ne s’est imposé comme une doctrine naturelle et envisageable. Les conquêtes sociales ont été de longs chemins de croix, elles ont servi de barricades et encouragé le progrès humain. Aujourd’hui elles ne sont plus que des fils à tricoter la pauvreté, le désespoir et le malheur. Le bruit de la société libérale est à peine audible mais visible. Il est meurtrier mais comptable. Il est flou mais existe. Ce bruit c’est celui de l’oppression sociale qui s’opère dans l’arrière-cuisine de ce monde capitaliste. Ce même bruit qui dégrade la planète sans conscience de l’urgence écologique et des enjeux futurs. Ce bruit qui tend à rompre avec l’idéal commun et républicain au profit de l’intérêt personnel, de la cupidité et de l’avarice.

Le bruit est une couleur invisible comme un sans-abri dans une station de métro, il porte le silence de nos visages et la lâcheté de nos regards. Il porte aussi l’amertume de notre impuissance, face à la solitude de l’effort. Le bruit est presque devenu normal, il est ancré dans notre société.

Acte 2 : La fureur

La fureur est l’impuissance des contrepouvoirs face à la dictature du système politique. La fureur est la connivence des contrepouvoirs avec le pouvoir et l’argent. La fureur est un mensonge dilué dans une opposition droite/gauche que plus rien n’oppose si ce n’est les personnes vicieuses et appâtées par le pouvoir et l’argent.

Dans cette élection présidentielle la fureur a été entretenue par les médias et les instituts de sondage comme un agenda-setting (cf Maxwell McCombs et Donald Shaw). Ils ont déversé jour après jour leurs méandres pour susciter l’indignation, d’abord avec le candidat de la droite républicaine ensuite avec le candidat de la France insoumise. La fureur c’est la connivence du monde de l’argent privé avec le monde des médias qui organise et choisit sa démocratie comme des produits sur une étagère. La fureur c’est l’arrogance assumée d’une presse muselée et donneuse de leçons alors qu’elle ne remplit pas son propre devoir (45e au classement mondial de la liberté de la presse). La fureur c’est le mépris du peuple par des éditorialistes qui se revendiquent comme le « tuteur de la nation ». La fureur c’est la censure d’un média au motif qu’une critique ne plaît pas à un candidat. La fureur c’est quand un grand patron de presse, sur les allégations de ce dernier, menace un candidat afin que celui-ci retire sa candidature au profit d’un autre candidat. La fureur c’est quand on ne se gêne pas pour comparer le programme d’un humaniste avec celui d’un autre qui prône le repli sur soi, le fascisme et le racisme. La fureur c’est le mépris qu’expriment ces médias envers des candidats qui ne trouvent pas grâce à leurs yeux, « les petits candidats » et qui pourtant ont des idées à faire prévaloir pour la nation. C’est ainsi que le bruit de la lutte sociale s’organise lentement, mais sûrement comme une fureur légitime.

La fureur de notre système politique et médiatique ne m’inspire que dégoût, tristesse et rage car ils organisent et préparent les mensonges et les guerres de demain : le tumulte

Acte 3 : Le tumulte

Le tumulte est le brouillage de l’esprit face à l’impératif du bonheur désiré. Le tumulte est la veille d’un matin neuf après une rupture violente. Le tumulte est une soif incessante de liberté, d’égalité et d’humanisme. Le tumulte c’est le désir ardent de changement pour affronter l’avenir dans un intérêt commun.

Cette élection avait tout d’un tumulte idéologique sur lequel s’organise le futur d’une nation et peut-être l’avenir du monde. Au lieu d’assister à un débat franc, net et républicain, nous avons assisté à une propagande, une campagne odieuse de désinformation et où les affaires ont fait une entrée fracassante par la grande porte de la République. Résultat : le 23 avril au soir, un coup d’État dit démocratique s’est imposé à nous comme la résultante d’une prise du pouvoir organisée par un petit comité.

Ainsi, ce lundi matin, un tumulte libérale s’offre à nous et de mon point de vue celui-ci a les mêmes objectifs : favoriser la grande bourgeoisie au détriment des classes moyennes et des pauvres. Dans ce choix qui s’apparaît faussement historique nous sommes pris à partie et en otage entre deux choix hautement dangereux. De ce tumulte qui menace d’une part nos acquis et droits sociaux en uberisant la société et d’une autre part, qui menace notre idéal républicain et humaniste. Le citoyen en léthargie depuis quelques années est obligé de choisir entre « la peste » et le « choléra ».

Dès lors la fureur de l’agenda-setting médiatique crée le tumulte du choix antidémocratique et nous conduit au fracas.

Acte 4 : Le fracas

Le fracas est une déchirure de la raison qui se confond avec les sentiments et où la colère n’est rien d’autre que l’amplification de notre révolte. Le fracas est amer et douloureux. Le fracas est un lendemain de soleil, la veille d’une tempête. Le fracas c’est le choix abusé et la conviction trahie. Le fracas c’est le renoncement et la soumission à un futur imposé.

Le fracas que nous impose cette élection présidentielle et ce second tour n’est rien d’autre que la déchirure du « vivre ensemble ».
Ce choix possible mais impossible entre la mort lente et la mort violente car dans tous les cas, la démocratie n’aura pas triomphé à son juste titre. Le fracas c’est le réveil des uns, après des années d’inaction, qui tentent de vous trouver un tort à vos choix, sans remise en cause. Accepter le fracas c’est légitimer la maladie (du système), renoncer c’est avoir confiance en l’intelligence collective.

Dans ce monde déshumanisé où les intérêts personnels prennent le pas sur les intérêts collectifs, où les mensonges sont des fièvres contagieuses de l’esprit, j’ose rêver que le fracas ne soit qu’un appel à un sursaut collectif.

Je rêve du printemps qui vient comme le fracas d’une prise de conscience collective où les citoyens s’intéressent un peu plus à la politique et aux mouvements de leur pays. Je rêve du printemps qui vient afin que nous ne soyons plus confrontés au kinder surprise des candidats marketing ou de la haine et du racisme, bien que malheureusement, ces derniers existent dans notre société. Je rêve au printemps qui vient comme le fracas de la démocratie dans laquelle et par laquelle tout le monde participe et où chacun est à sa place et exprime sa position.

C’est le fracas qui m’a fait dire un jour qu’une de nos plus grandes révoltes était celle que l’on menait dans le silence. Aujourd’hui, force est de constater que je me suis trompé car le fracas de la révolte est assourdissant et le silence n’est que la lâcheté tue d’une réalité existante.

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