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Alexandre Fambo

Acte V : Les correspondances

Lettre du front N° 21/11/2017 : La première rosé du printemps

Lettre du front N° 21/11/2017 : La première rosé du printemps

Ma chère Louise, mon bébé, mon amour, mon ange,

Je t’écris cette lettre du front où la guerre fait rage, je t’écris cette lettre et j’espère qu’elle te parviendra dès demain avant la première rosée du printemps. Mon enfant, plusieurs mois se sont écoulés depuis notre dernière correspondance. L’été a eu l’arrogance de liquéfier mon encre et voilà que l’hiver est venu durcir mes pensées. Voici le temps où l’on constate impuissamment, que l’espoir disparaît. Au front, nous fixons l’horizon qui s’assombrit et le chagrin des beaux-jours pince nos cœurs d’une langueur douloureuse. Au front, les chagrins sont plus forts que la nostalgie de nos rencontres et de nos luttes. Nous sommes des soldats inconnus au milieu d’une guerre invisible. Nos échecs sont les étendards de nos rêves que nous hissons impuissamment à la face du temps. Le temps long des émotions macabres emprisonne nos esprits et défait peu à peu nos âmes. C’est le crève cœur du désespoir qui nous habite tel jadis la taverne qui abritait les hommes peuplés de peur. Il m’arrive parfois ma fille, de croire que les hommes peuvent se réinventer car j’ai la conviction que l’on peut disputer au temps, son pouvoir de nous créer psychologiquement autant qu’il nous transforme physiquement. T’écrire cette correspondance, aussi éloigné que tu puisses l’être de moi, est un moyen de disséquer le réel, de transformer le possible et de réduire le rêve à sa propre valeur : une encre d’émotions qui s’effacera avec le temps.

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Acte V : Les correspondances

Élection présidentielle 2017 : Le printemps qui vient

Le printemps qui vient est le crépitement d’un coup de colère jusque-là silencieux, juste et souverain où « le bruit » traduit « la fureur » et «le tumulte » prépare « le fracas ». Comme un vent tiède qui souffle sur la braise du désespoir et attise la révolte des personnes aux têtes dures, lassées par les mensonges et les trahisons envers la devise républicaine : « Liberté, Égalité, Fraternité ».

En ce lundi matin, 24 avril, le soleil rayonne dans le ciel bleu de Dijon et le calme y règne comme un lendemain de tristesse. Je perçois malgré tout l’espoir d’un matin neuf qui s’annonce, comme une rosée se promène le long d’une rose en esquivant ses épines. Soudain, la réalité me rattrape au pied de l’arc de triomphe local où est inscrit en vert : « Macron, tête de con ». J’ignore les motivations de cette insulte que je désapprouve mais, voici que me vient en mémoire une allocution d’une voix lointaine et pesante à la fois : « Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas, celui de notre temps, de notre époque, c’est l’heure des caractères et cette salle est remplie de mauvaises têtes ». Ainsi commence mon réquisitoire de cette élection présidentielle.

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Acte V : Les correspondances

Lettre du front n°2016 – Les solitudes de l’hiver

Lettre du front n°2016 – Les solitudes de l’hiver
Lettre du front n°2016 - Les solitudes de l'hiver
Photographie Alexandre Fambo ©

Ma chère Louise, mon enfant, mon ange.

Je t’écris cette lettre du front où la guerre fait rage afin de te faire parvenir le déroulé brut de mes émotions humides. C’est le vent froid de mes pensées qui souffle sur mes espérances et mon seul oxygène ici est l’odeur de ma plume. Tu trouveras dans mes correspondances les échantillons de mes rêves décomposés, je reste persuadé que tu pourras reconstruire le puzzle de ma vie estropiée. Je t’en sais capable car personne d’autre que toi ne pourrait me comprendre. C’est l’ADN de mes sentiments qui coule dans tes veines telles les larmes d’une vie à la déveine.

Ma chère enfant, voici l’hiver des émotions amères qui aiguise ma plume de vers. Des mots, noirs de peur, tachent les lignes blanches de ma vie le long des pages vierges quand la peine envahit mes souvenirs. J’ai grandi loin de la mer, à l’abri du besoin, mais dans l’ombre de l’amour du père. J’ai dû jeter l’ancre du bonheur à l’automne de mon enfance. J’ai vu le bonheur prendre le large avec mes rêves d’enfant sur les quais sombres de ma mémoire. Il y a longtemps déjà que j’ai voué le sort de mes rêves à la mort. Souvent, le vent de mes souvenirs douloureux porte le fracas de mes peines silencieuses. En effet, J’ai dû forcer l’oubli de la voix de la mer, pour diriger mes voiles vers des terres inconnues. Et des vents contraires qui soufflaient dans mon esprit, j’ai dû implorer la fatalité de l’être démuni.

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